Appel à communications

Présentation

Ce colloque se propose d’étudier les dynamiques entre les espaces, les genres et les sexualités — l’espace étant compris ici aussi bien dans ses dimensions sociales et mentales que comme un cadre matériel et formel.

Tandis que les constructions sociales des identités des genres et des sexualités produisent des espaces (qu’ils soient projetés ou construits, représentés ou imaginés, collectifs ou individuel, public ou privés…), les espaces eux-mêmes re-produisent ces identités, souvent fondées sur des critères hétéronormés et patriarcaux. Les études sociales et spatiales — surtout celles issues de recherches anglophones — ont mis en évidence ce potentiel révélateur et producteur de définitions et de pratiques. Espaces, genres et sexualités apparaissent ainsi comme des processus, dont le potentiel subversif rivalise avec la capacité normative.

Les études queer et de genre ont permis la remise en cause des mécanismes de production de la connaissance, de narration et de représentation, en mettant en évidence leurs présupposés à prétention universaliste. Elles ont développé des nouvelles méthodologies et épistémologies qui permettent d’affronter et d’embrasser la composante subjective des pratiques, y compris dans la recherche. Dans le cas de la production spatiale, les dynamiques top-down peuvent s’inverser, et les rôles des acteurs impliqués être mis en question. Le processus de conception est-il alors toujours un cadre ordonnateur et normalisateur, ou une spatialité queer est-elle possible — et comment ?

Il n’est donc pas anodin d’étudier les relations entre espaces, genres et sexualités dans le cadre d’une école d’architecture : il s’agit de soulever ouvertement des questions qui nous semblent latentes. C’est aussi une invitation adressée aux personnes issues de milieux extérieurs à l’architecture — et parfois étanches entre eux — à venir échanger leurs réflexions sur cette thématique partagée.

Sans prétention à l’exhaustivité, ce colloque privilégiera donc une approche transdisciplinaire. En reflétant la variété des disciplines universitaires (géographie, philosophie, sociologie, anthropologie…), des pratiques (urbanisme, architecture, aménagement…) et des intervenants (chercheurs, acteurs du projet, collectifs, associations…), l’objectif sera de confronter les champs disciplinaires, les outils et les échelles d’analyse permettant une analyse de l’espace sexué, par analogie avec le corps sexué.

L’approche du colloque sera également transcalaire. De l’échelle des corps à l’échelle transnationale, en passant par celles de la ville, du quartier ou du bâtiment, chacune nous semble pertinente et complémentaire. De la même manière, nous estimons que l’étude des pratiques et des espaces est indissociable d’une analyse des processus de production qui les génèrent. La trame du colloque propose donc d’intégrer l’amont comme l’aval des espaces pour en comprendre les dimensions genrées, queer et sexuées.

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Nous proposons les pistes suivantes, non-exhaustives, pour orienter les propositions :

§1 : Langages et représentations

§2 : Appropriations et réappropriations

§3 : Intimité, domesticité et habitat

§4 : Transnationalités, expatriations, émigrations

§5 : Politiques institutionnelles : au-delà du gender mainstreaming

§6 : Professions et spatialités : “féminisation” ou devenir queer ?

§1 — Langages et représentations

Les études queer et de genre, de même que les mouvements féministes et LGBTQ+, travaillent depuis longtemps sur le langage comme forme de représentation et de normalisation genrée et sexuée. Comment la question du langage et de la représentation, peut-elle se lier aux caractères sexués de l’espace ? Le langage architectural et les représentations de l’espace et dans l’espace révèlent-ils la même permanence de masculinité dominante et d’hétéronormativité ?

§2 — Appropriations et réappropriations

Genres et sexualités produisent des imaginaires, des pratiques et des connaissances contre-culturelles qui imprègnent la production spatiale. À travers des actions ou des usages novateurs et re-créatifs, les espaces publics sont détournés et appropriés par et pour certaines sexualités. De l’échelle de la ville à celle des corps eux-mêmes, comment l’espace devient-il un instrument performatif ? Quelles formes de présences genrées, queer et sexuées dans l’espace public prennent une signification politique ?

§3 — Intimité, domesticité et habitat

Le prisme du genre et des sexualités permet d’analyser des pratiques individuelles ou collectives qui inventent des espaces d’intimité, mais qui aspirent aussi à pouvoir en sortir. Distinguer habitat et espaces domestiques permet d’inclure aussi bien les espaces conçus pour favoriser l’intimité, que ceux qui sont détournés dans ce sens, y compris au sein des espaces publics. Comment les producteurs de l’espace appréhendent-ils cette notion ? Comment les espaces à usage intime (qu’ils soient privés ou publics) sont-ils aménagés, distingués des autres ? Comment leurs limites sont-elles tracées et à quelles revendications correspondent-elles ?

§4 — Transnationalité, expatriations, émigrations

L’expérience migratoire peut être lue sous le filtre du genre et des sexualités à différentes échelles : en créant de nouvelles spatialités frontalières, mais aussi à travers les systèmes d’adaptation qui s’expriment dans les spatialités du quotidien. Comment la communauté, de genre ou d’orientation sexuelle, devient-elle une ressource pour la création d’espaces et de manières de les utiliser, au sein du pays de destination ou au cours du trajet migratoire ? Comment la sexualité affecte-elle la mobilité transnationale et ses conséquences aux échelles locales ?

§5 — Politiques institutionnelles : au-delà du gender mainstreaming

À travers des politiques et des mesures réglementaires ou exécutives les institutions de plusieurs aires métropolitaines, notamment en Europe, cherchent à faire écho aux revendications de genre mais à travers les politiques du gender mainstreaming, par exemple, cette reconnaissance demeure problématique. Ainsi, le problème de la sécurité est crucial : conjointement avec une conception plus informée, consacrée à l’éclairage ou à la visibilité, les politiques urbaines proposent souvent une idée sécuritaire basée sur le concept d’ordre public. Comment peut-on dépasser une conception binaire qui instrumentalise et victimise les femmes et qui laisse de côté homosexualités, transexualités, et d’autres communautés considérées par leur genre ou leurs sexualités ? Comment saisir l’impact des politiques urbaines genrées ?

§6 — Professions et spatialités : “féminisation” ou devenir queer ?

Plusieurs professions liées à la production des espaces sont touchées par un processus désigné comme une “féminisation” : un nombre croissant de femmes semble accéder à des domaines jusque-là considérés comme “masculins”. Quelles sont les limites de ce phénomène, en termes de renouvellement des pratiques (sortir d’une vision sexiste et hétéronormée des espaces) mais aussi de reconnaissance (postes ou rémunérations encore inégaux) ? Peut-on penser un dépassement de cette vision binaire pour anticiper le devenir queer de l’espace ?

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Calendrier

La participation à ce colloque est ouverte aux étudiant.e.s, doctorant.e.s et chercheur.se.s mais aussi aux collectifs, militant.e.s, architect.e.s, designers, urbanist.e.s, etc.

Les personnes intéressées devront adresser par mail une proposition d’intervention (3000 signes maximum) à l’adresse <espaces.gsq@gmail.com> avant le 30 mai 2017.

Le colloque aura lieu les jeudi 19 et vendredi 20 octobre 2017 à l’Ecole Nationale d’Architecture Paris La Villette (ENSAPLV) et alternera prises de paroles et tables rondes.

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